236087 km : Après une nuit bien calme sur le parking du Mount Whitney Golf Course, nous partons en direction de Manzanar National Historic Site.
Nous allons découvrir une histoire dont nous avions déjà entendu parler mais qui nous était totalement inconnue dans son déroulement : l’internement des Américains d’origine japonaise pendant la Seconde Guerre Mondiale, suite à l’attaque de Pearl Harbor par le Japon le 7 décembre 1941.
Le Manzanar National Historic Site a été créé le 3 mars 1992 par le Congrès des États-Unis. Il a pour mission d’assurer la protection du site et de perpétuer l’histoire des événements douloureux vécus par les Américains d’origine japonaise pendant la Seconde Guerre Mondiale.
Au lendemain de l’attaque japonaise sur Pearl Harbor, une campagne nationale fait pression sur le gouvernement américain pour que des mesures soient prises à l’encontre des personnes d’origine japonaise (japonais (Issei) et américains d’origine japonaise (Nisei)), qui étaient nombreuses sur la côte Ouest des USA. Un climat de suspicion grandissait envers ces personnes qui pouvaient servir ou informer l’ennemi.
Le 19 février 1942, le président Franklin D. Roosevelt signe le décret 9066, autorisant l’armée américaine à les déplacer par la force vers des centres de rétention situés à l’intérieur des terres. Des « Relocation Centers » gérés par la « War Relocation Authority » sont spécialement créés impliquant le déplacement et la rétention de plus de 120000 personnes d’origine japonaise, dont plus de 70000 étaient citoyens américains.


Une dizaine de camps sont donc établis dans le pays durant l’année 1942 pour accueillir ces milliers de personnes d’origine japonaise, et le premier à ouvrir est celui de Manzanar le 21 mars 1942. D’autres suivront, comme celui de Tule Lake en Californie, le plus grand, avec une capacité de plus de 18000 personnes, ou d’autres plus petits en Arizona, dans l’Idaho ou l’Arkansas.
La carte ci-dessous montre la répartition des camps sur l’ensemble du territoire américain.

Manzanar War Relocation Center s’étend sur 329 hectares. Le camp de Manzanar pouvait accueillir 10000 personnes. Le site comptait un secteur résidentiel divisé en 36 blocs. Chaque bloc comptait 14 baraquements d’habitation et 2 de services construits en bois et papier goudronné. Un bloc accueillait jusqu’à 300 personnes. En tout, il y a eu 576 baraquements implantés au pied de Mount Williamson.
400 personnes, employés et leur famille du War Relocation Center, vivaient ici à l’intérieur du camp, sans aucune barrière avec les internés d’origine japonaise. Ils partageaient avec eux de nombreux moments et évènements : messes, spectacles, commémorations…
Le camp était gardé 24 heures sur 24. La police militaire occupait huit tours de garde disposées autour du camp et équipées de mitrailleuses, et patrouillait le long de la clôture barbelée qui entourait le camp.

Les déplacés de Manzanar venaient en grande partie de la région de Los Angeles, amenés ici par bus. C’étaient des commerçants, des ouvriers, des fermiers, des pêcheurs, des cadres, des retraités, des enfants… Ils n’ont eu que quelques jours pour se préparer à quitter leur maison, abandonner leur travail ou leur commerce et dire au revoir à leurs amis et camarades. Toutes les classes sociales étaient concernées par cet internement forcé.
Cet immense tableau recense les noms des 10 000 Américains d’origine japonaise qui ont été internés ici pendant la Seconde Guerre mondiale.

Les conditions de vie dans cette région de la Californie étaient assez rudes, notamment pour des personnes venant de la côte Pacifique, plutôt habituées à une météo clémente.
À 1200 mètres d’altitude, dans Owens Valley sur le côté Est de la Sierra Nevada, les étés sont très chauds et les hivers très rigoureux. Des conditions presque extrêmes pour des baraquements qui n’étaient pas prévus à l’origine pour cela…
À tout ceci s’ajoutaient des vents violents qui soulevaient une poussière s’infiltrant partout, et des pluies abondantes à certaines périodes de l’année, transformant les rues du camp en champs de boue.

La quasi-totalité des infrastructures a été démantelée après la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Lors de la création du parc, le NPS (National Park Service) a décidé de procéder à la reconstruction de certains éléments du site d’origine offrant un aperçu de la vie dans le camp.
Un baraquement, qui mesure 30 mètres sur 6 mètres, est généralement divisé en 4 ou 6 appartements, pouvant accueillir une famille de 8 personnes. Chaque appartement compte une ampoule pour s’éclairer, un poêle pour se chauffer, des lits en acier, des matelas et des couvertures pour dormir.
La plupart des blocs étaient agencés de manière similaire soit 14 baraquements divisés en 4 ou 6 appartements,

un bâtiment pour les toilettes et douches hommes, un autre pour les femmes, avec assez peu d’intimité,


et une cuisine

avec un réfectoire.

Une école complétait l’ensemble.

Il y avait également une buanderie, une salle de repassage (qui servait aussi de salon de coiffure ou de petits commerces) et un bâtiment de loisirs. Au fil du temps, plusieurs infrastructures sont ajoutées au camp, afin de tenter de retrouver une vie normale : églises, bureau de poste, terrains de sports…
Des jardins japonais, avec ornements rocheux, rivières, mares et cascades sont aussi créés

ainsi qu’une roseraie.


Le site est tellement grand que le circuit de visite se fait avec son propre véhicule !

La vie dans le camp était incertaine, et la perspective de mourir derrière des barbelés, loin de chez soi, était impensable pour les internés. Il a donc été décidé d’implanter le cimetière au-delà de la clôture de barbelés du camp. Quinze personnes, pour la plupart des enfants en bas âge et des hommes âgés sans famille, y ont été enterrées. Aujourd’hui, seules six tombes contiennent des restes au pied du majestueux Mount Williamson qui se dresse en toile de fond. Les familles des autres défunts ont demandé que leur tombe soit déplacée après la guerre.

Un obélisque, Soul Consoling Tower, construit par le tailleur de pierre Ryozo Kado et le moine bouddhiste Shinjo Nagatomi en août 1943, rend hommage aux morts de Manzanar. Il a été financé par une contribution de 15 centimes par famille du camp. Sur la face avant (côté Est), on peut lire « Soul Consoling Tower » (la Tour de Consolation des Âmes) et à l’arrière (côté Ouest), on peut lire Erected by the Manzanar Japanese – August 1943 (Érigé par les Japonais de Manzanar – Août 1943).

Le camp de Manzanar a fermé définitivement en 1945. Entre 1980 et 1992, le gouvernement américain a officiellement reconnu et réparé l’internement injustifié des civils pendant la Seconde Guerre mondiale en présentant des excuses officielles et en octroyant des réparations financières à chaque survivant. Le site de Manzanar constitue un rappel poignant de cette époque sombre de l’histoire américaine.
Après cette longue visite, nous poursuivons notre route en direction de Yellowstone. Le paysage volcanique nous rappelle un peu l’Islande 😉.

Avant Yellowstone, nous allons faire une halte à Ancient Bristlecone Pine Forest. Il paraît qu’on peut y voir les plus vieux arbres de la planète qui auraient entre 3000 et 5000 ans 😮 !
La route qui nous y mène est assez pittoresque.


On monte,

On monte !

Nous voilà arrivés sur un plateau à 3200 m d’altitude ! La température a bien baissé, il ne fait plus que 15 degrés.

C’est dans ce bel endroit, seuls au monde, que nous décidons de passer la nuit accompagnés par un beau coucher de soleil 🤩 !


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