225875 km : Nous quittons ce matin notre bivouac assez tôt (8h15 😉) pour pouvoir nous inscrire pour une visite intégrale (non réservable en ligne) du barrage Hoover situé à quelques kilomètres de notre bivouac. Nous y voilà !

Le Barrage Hoover est une structure voûtée massive située sur le fleuve Colorado, à la frontière entre le Nevada (à gauche du fleuve) et l’Arizona (à droite du fleuve). Construit durant la Grande Dépression (1931-1936), il retient les eaux du lac Mead, le plus grand réservoir des États-Unis en volume. Il fournit de l’électricité, régule les crues et stocke l’eau pour l’irrigation du Sud-Ouest américain. Haut de 221 mètres, il alimente en énergie des millions de foyers, notamment Las Vegas et Los Angeles. Cependant le niveau du lac Mead baisse de façon critique à cause de la sécheresse persistante, menaçant la production électrique.

Ces tuyaux de quinze mètres de diamètre amènent l’eau vers les turbines.

Les 17 turbines (Francis, 130MW chacune environ) sont localisées dans des bâtiments qui se trouvent le long du fleuve Colorado juste en aval du barrage. Il y a 9 turbines du côté Nevada et 8 turbines seulement côté Arizona, plus 2 petites turbines Pelton (2,4 MW) servant pour les besoins propres du barrage.
La différence principale entre les 2 types de turbine réside dans la hauteur de chute et le débit de l’eau. Turbine Pelton : Utilisée pour les hautes chutes (plus de 200 m) avec un faible débit. C’est une turbine à action où des jets d’eau percutent des augets en forme de cuillères. Turbine Francis : Utilisée pour les moyennes chutes (30 à 300 m) avec un débit moyen à fort. C’est une turbine à réaction totalement immergée où l’eau entre par les côtés et sort par le centre.
Le barrage Hoover produit en moyenne 4 milliards de kilowattheures (kWh) par an. Sa puissance installée totale est d’environ 2080 mégawatts (MW). Pour comparaison, une seule tranche de réacteur nucléaire dans une centrale nucléaire française produit entre 900 et 1450 MW et une tranche du nouvel EPR de Flamanville fournit 1650 MW.

Notre choix de visite nous permet de parcourir, avec notre guide bien sûr, les galeries techniques.

Ces coulures blanches que l’on voit sur les parois des galeries techniques du barrage sont principalement des dépôts de calcite (carbonate de calcium), un phénomène appelé efflorescence. Voici l’explication technique de leur formation :
Lixiviation (Lessivage) : Malgré l’épaisseur du béton, l’eau sous haute pression du lac Mead finit par s’infiltrer très lentement à travers les pores ou les micro-fissures du barrage.
Réaction chimique : En traversant le béton, cette eau dissout l’hydroxyde de calcium (chaux libre) contenu dans le ciment.
Précipitation : Lorsque cette solution arrive à l’air libre dans les galeries d’inspection, elle réagit avec le dioxyde de carbone (CO2) de l’atmosphère. Cette réaction transforme l’hydroxyde de calcium en carbonate de calcium solide, créant ces traces blanches.
Si le dépôt s’accumule de manière verticale, cela peut former de véritables stalactites, souvent surnommées « stalactites de béton » ou calthites. Bien que cela puisse paraître inquiétant, ce phénomène est normal et surveillé de près par les ingénieurs. Les galeries sont d’ailleurs conçues pour drainer ces infiltrations mineures. L’étanchéité n’est donc pas parfaite, mais ça tient depuis bientôt 100 ans 💪

Sur cette photo on visualise parfaitement l’écart énorme entre le niveau d’eau actuel et le niveau maximum du barrage.

Le déversoir n’est pas près de servir 😭.

Environ 21000 personnes ont participé à la construction du barrage Hoover (créant le lac Mead) entre 1931 et 1936. Au plus fort du chantier, on comptait 5251 travailleurs actifs simultanément. Cette sculpture leur rend hommage.

Nous quittons maintenant le barrage et poursuivons vers le nord en longeant le lac Mead qui a une surface de 640 kilomètres carrés lorsque le niveau d’eau est à son maximum. Entre 2020 et 2022, une baisse historique du ruissellement a vidé les lacs Mead et Powell à des niveaux critiques (environ 34 % de leur capacité), forçant les premières coupes fédérales de consommation d’eau en 2022.
Sur les 10 dernières années, le débit du fleuve Colorado a poursuivi une baisse structurelle amorcée il y a deux décennies. Bien que le débit ait chuté de 20 % sur un siècle, les données récentes confirment une accélération due au réchauffement climatique. Les recherches indiquent que le débit diminue d’environ 9 % par degré Celsius de réchauffement.
La hausse des températures provoque également une fonte précoce des neiges et une évaporation accrue, transformant des précipitations pourtant parfois normales en un débit fluvial effectif plus faible. Cette situation a mené à la mise en place de mesures d’urgence stabilisant le système jusqu’en octobre 2026, date à laquelle de nouvelles règles de partage de l’eau plus restrictives doivent entrer en vigueur.

Trois rivières principales alimentent le lac Mead : le fleuve Colorado, la Virgin River et la Muddy River. Le Colorado est de loin la source la plus importante, fournissant environ 97 % de l’apport en eau du réservoir. On peut voir de nombreux autres petits affluents comme le Las Vegas Wash photographié ici.

Nous poursuivons notre route vers le nord au milieu de paysages désertiques.

Nous voilà arrivés au parc d’Etat de la vallée de feu en ce début d’après-midi. Nous allons donc commencer à le découvrir. Situé à environ 80 km au nord de Las Vegas, le Valley of Fire State Park est le plus ancien et le plus grand parc d’État du Nevada. Il est célèbre pour ses formations spectaculaires de grès rouge aztèque qui, sous les rayons du soleil, semblent s’enflammer 🤩. Sur plus de 18000 hectares, ce paysage désertique abrite aussi des arbres pétrifiés et des pétroglyphes amérindiens vieux de plus de 2000 ans. C’est un site privilégié pour la randonnée et la photographie, et nous allons en profiter 👍.

La route qui traverse le parc d’Est en Ouest est déjà très jolie.

Arch Rock, une arche naturelle fragile sculptée sur des millénaires par le vent et la pluie dans le grès rouge aztèque.

Atlatl Rock : En montant l’escalier métallique qui mène à la plateforme d’observation, on peut découvrir des gravures vieilles de plus de 2000 ans laissées par les peuples Basketmakers et plus tard les Anasazis. La pièce maîtresse du panneau est la représentation d’un atlatl. Il s’agit d’un outil de chasse préhistorique utilisé pour lancer des lances avec une force et une distance accrues. C’est l’un des rares endroits au monde où cet outil est si clairement illustré.
On peut également y voir de nombreuses silhouettes de mouflons canadiens (Bighorn sheep), qui étaient essentiels à la survie et à la spiritualité des peuples autochtones, des formes humaines stylisées, souvent représentées dans des postures rituelles, et des spirales, des lignes brisées et des points dont la signification exacte reste un mystère.
Les pétroglyphes sont gravés dans le « vernis du désert », une fine couche sombre de fer et de manganèse qui se forme sur le grès rouge au fil des millénaires. En grattant cette pellicule noire, les anciens artistes faisaient apparaître le grès orange vif en dessous, créant un contraste saisissant qui perdure encore aujourd’hui.

Les troncs pétrifiés (Petrified logs) sont des vestiges de forêts datant d’environ 150 millions d’années. Ces arbres anciens ont été ensevelis par des sédiments et de la cendre volcanique ; la silice a ensuite remplacé la matière organique, transformant le bois en quartz coloré. Les morceaux exposés révèlent des nuances de rouge, de gris et de jaune dues aux oxydes de fer et de manganèse. C’est une preuve fascinante du passage à cet endroit d’une forêt luxuriante à un paysage désertique aride 🙄.

Le paysage est vraiment magnifique 🤩.

Nous entamons une autre petite balade nommée Rainbow Vista Trail (1,6 km). Il y fait chaud et on peut y mourir. Nous voilà prévenus 🤔


Nous aurons la chance de croiser des mouflons du désert 🤞.


La flore n’est pas absente malgré le climat local.



Retour au camion pour rejoindre un point de vue en hauteur.



La journée se termine et il nous faut maintenant quitter le parc à l’intérieur duquel le camping sauvage est interdit. Il existe dans le parc deux campings, mais ceux-ci sont absolument complets et il faut réserver des semaines voire des mois à l’avance pour espérer avoir une place.


Nous sortons par l’Est du parc et remontons quelques kilomètres vers le Nord.

Nous nous dirigeons vers un terrain BLM (Bureau of Land Management). Le BLM est une agence fédérale rattachée au Département de l’Intérieur des États-Unis. Il gère environ 10% de la surface terrestre du pays, soit près de 1 million de km². La quasi-totalité de ces terres se situe dans les 12 États de l’Ouest (Alaska, Arizona, Californie, Colorado, Idaho, Montana, Nevada, Nouveau-Mexique, Oregon, Utah, Washington et Wyoming). Contrairement aux Parcs Nationaux (dédiés à la conservation stricte), le BLM doit jongler entre des intérêts souvent contradictoires :
Exploitation commerciale : Forages pétroliers, gaziers, mines et pâturages pour le bétail.
Loisirs : Randonnée, VTT, chasse, et surtout le « boondocking » (camping sauvage gratuit, c’est nous ☺️). Pour les voyageurs, « terre BLM » est synonyme de liberté car c’est là que nous pouvons camper gratuitement en plein désert, loin des foules des grands parcs nationaux 😎.
Conservation : Protection des sites archéologiques et des espèces menacées.
Les chevaux sauvages : Le BLM est responsable de la gestion des célèbres Mustangs et des ânes sauvages qui errent dans les plaines de l’Ouest.
Le bivouac BLM de ce soir nous conviendra parfaitement 🙂.

Demain, nous poursuivrons notre découverte de la Valley of Fire.
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